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Maire de la Ville de Cayenne, je ne peux que partager le désarroi de mes citoyens devant l’augmentation inquiétante de la grande exclusion dans les rues de la ville. D’autant plus qu’il s’agit, pour beaucoup de ces grands exclus, de fils, de neveux, de nièces, d’anciens camarades de classe, que nous avons connus. C’est aussi une approche de médecin, qui me rend particulièrement sensible à cette problématique. Comment laisser ces jeunes, parfois même mineurs, ces femmes, ces vieillards, en proie à une telle détresse sanitaire et sociale ? Comment pouvons-nous les regarder se détériorer de jour en jour, de nuit en nuit, errant dans nos rues à la recherche, qui d’un peu de nourriture, qui d’un refuge, qui encore –car c’est hélas une des causes majeures de l’exclusion en Guyane- d’une dose de drogue, bien souvent de ce crack qui fait des ravages difficilement réparables ?
Et le médecin de s’interroger : quelle réponse à ces problèmes de grande exclusion et de toxicomanie ? C’est ainsi qu’a germé dans mon esprit –comme dans celui de tous ceux qui, ici, cherchaient une voie pour ces grands exclus- l’idée de mettre en place un service combinant aide médicale et aide psycho-sociale. Puisque la problématique recouvrait divers aspects, il fallait en effet y répondre par diverses approches. Une fois le diagnostic posé, le médecin, comme le politique, cherche la solution la mieux adaptée. Nous avons alors, sur Cayenne, fait appel au Samusocial International pour nous aider à mettre en place une unité mobile d’aide : le Samusocial de l’Ile de Cayenne. Composée de trois professionnels de l’intervention médicale et sociale, cette association maraude dans nos rues depuis le 1er juillet 2004. Elle travaille en collaboration avec les structures associatives ou institutionnelles déjà existantes ; elle apporte les premiers soins dans le camion ; elle assure l’orientation, l’accompagnement et le suivi des usagers ; enfin, elle évalue la situation médico-psycho-sociale et proposera, d’ici quelques mois, une approche épidémiologique nous permettant de réfléchir à des réponses adaptées. Parmi ces réponses, deux sont déjà en projet : la mise en place d’un « carbet d’accueil », centre d’hébergement d’urgence pouvant recueillir jusqu’à vingt personnes et la création d’ un centre de Post-cure pour aider à la prise en charge de la toxicomanie. Deux structures qui manquent cruellement aujourd’hui à la Guyane. Mais déjà, nous sommes là pour ceux qui n’ont plus rien, nous allons à leur rencontre, nous contribuons à leur rendre leur dignité. Et si je pouvais constater que l’un seul d’entre eux s’était sorti de son calvaire des rues et de l’exclusion, alors, notre Samusocial aurait accompli sa mission !
Dr. Jean-Claude LAFONTAINE (Maire de Cayenne jusqu'en mars 2008)
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